
C’est avec émotion que nous partageons aujourd’hui avec vous une découverte bouleversante : une photographie inédite prise juste après le terrible incendie d’octobre 1940. Ce document rare nous replonge dans l’une des heures les plus sombres de l’histoire du château d’Ételan, durant la Seconde Guerre mondiale.
Une occupation destructrice
Dès le mois d’août 1940, le château est réquisitionné par l’état-major allemand. Cette occupation marque le début d’une période de grandes souffrances pour le domaine. Les occupants causent d’importantes dégradations au mobilier historique et vont jusqu’à transformer la chapelle en forge, au mépris total de sa valeur patrimoniale et architecturale.
La nuit tragique d’octobre 1940
Le drame culmine dans la nuit du mercredi au jeudi 31 octobre 1940. Un feu de cheminée, imprudemment allumé par les militaires allemands, se propage et provoque un brasier incontrôlable.
Les conséquences sont dévastatrices. L’incendie détruit les étages de l’aile est et ravage les trois quarts des toitures. Ce coup du sort est d’autant plus cruel que l’histoire semble se répéter : l’article de presse de l’époque nous rappelle en effet que le château avait déjà survécu à un grave incendie en 1875. Sa riche décoration intérieure avait été presque entièrement restaurée après l’incendie de 1875 par M. Simon, architecte à Rouen.
Le miracle de la chapelle et l’angoisse de l’hiver
Au milieu du chaos et des charpentes fumantes, la chapelle est miraculeusement épargnée par les flammes. À l’intérieur, les trésors de l’édifice sont saufs :
- Les murs conservent leur superbe lambris en bois de chêne de style ogival.
- Le banc seigneurial et le lutrin, datant de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, restent intacts.
- Le pavage de faïence armorié, portant les emblèmes des trois fers de lance des Picart d’Estelan, survit au désastre.
Cependant, la situation est critique. Si la voûte ne s’est pas effondrée, elle se retrouve « à ciel ouvert », directement exposée aux intempéries. Le propriétaire de l’époque, Guy de Charbonnières, vit alors dans l’angoisse. Il craint profondément que les pluies et le gel de l’hiver normand n’achèvent l’édifice en provoquant l’effondrement de la voûte. C’est dans ce contexte d’extrême urgence qu’il envisage de faire classer le château pour mieux le protéger et espérer forcer le départ des troupes allemandes.
Un refuge au milieu du chaos
Malgré ses profondes blessures, le château d’Ételan n’a pas cessé de vivre ni d’offrir un abri. En juin 1943, ses murs meurtris ont accueilli des enfants évacués de l’école Saint-Michel du Havre. Une émouvante lettre, retrouvée en 1978 dissimulée dans une cheminée, témoigne de ce séjour et évoque le destin tragique d’un jeune garçon, Serge Houël, qui y aurait perdu un œil.
Si la Seconde Guerre mondiale a laissé le château d’Ételan en grande partie ruiné, la sauvegarde providentielle de la chapelle a permis de transmettre aux générations futures un ensemble exceptionnel de peintures et de sculptures. La redécouverte de la photographie est un témoignage précieux de cette vulnérabilité, mais surtout de l’incroyable résilience de notre patrimoine normand.

Par Basile Boudier
Publié le dimanche 20 septembre, 2026





